11/06/2026
Corridor ferroviaire Cameroun–Tchad : pourquoi le tracé nord a été retenu ? Une lecture économique plutôt qu’émotionnelle.
Depuis l’annonce du projet de liaison ferroviaire entre le Cameroun et le Tchad, beaucoup de réactions circulent, notamment autour du choix du tracé retenu.
Une partie de l’opinion estime que des variantes passant davantage par le sud du Tchad auraient été plus favorables au développement du pays.
Cette interrogation est légitime.
Mais après analyse des informations disponibles, il apparaît que le choix du tracé retenu semble avoir répondu à une logique économique, logistique et financière avant tout.
Avant de juger ce projet, il faut partir d’un constat simple :
Le Tchad ne dispose aujourd’hui d’aucun réseau ferroviaire opérationnel.
Autrement dit, il ne s’agit pas de prolonger un réseau tchadien existant : il s’agit de connecter le Tchad à un système ferroviaire déjà opérationnel au Cameroun.
C’est probablement le premier élément qui a pesé dans la décision.
1- Premier critère : maximiser le trafic déjà existant
Un chemin de fer se finance grâce aux volumes transportés.
Aujourd’hui, le principal corridor économique fonctionne déjà autour de l’axe :
N’Djamena → Kousséri → Garoua → Ngaoundéré → Douala.
C’est cet axe qui concentre historiquement une grande partie des flux commerciaux et logistiques.
Construire un rail sur ce corridor permet de partir d’un marché déjà existant.
À l’inverse, choisir directement une variante plus au sud aurait impliqué de créer davantage de nouveaux flux économiques à partir de zéro.
Dans une logique d’investisseur, la première approche réduit les risques.
2- Deuxième critère : construire là où existe déjà un écosystème logistique
Le rail ne commence pas sur une feuille blanche.
Le Cameroun dispose déjà :
- d’un réseau ferroviaire jusqu’à Ngaoundéré ;
- d’une connexion directe aux ports ;
- d’infrastructures de transbordement ;
- d’une expérience d’exploitation ferroviaire ;
- d’un corridor logistique déjà utilisé.
Le projet semble donc avoir été pensé comme une extension progressive du système existant plutôt que comme la création complète d’un nouveau réseau.
3 - Pourquoi les variantes Moundou et Pala semblent ne pas avoir été retenues
Les variantes passant par Moundou ou Pala présentaient des avantages réels :
- meilleure desserte du sud tchadien ;
- potentiel industriel ;
- potentiel agricole ;
- redistribution territoriale plus large.
Mais elles soulevaient aussi plusieurs contraintes :
- coûts potentiellement plus élevés ;
- besoin de générer de nouveaux volumes de fret ;
- délais de rentabilisation plus longs ;
- complexité d’exploitation plus importante.
Dans un projet financé avec une forte logique d’investissement privé et de rentabilité, ces éléments peuvent peser lourd.
Cela ne veut pas dire que les attentes des Tchadiens sont injustifiées.
Mais cela peut expliquer pourquoi le choix final semble avoir privilégié une approche progressive :
d’abord connecter le Tchad au rail via le corridor déjà dominant, puis éventuellement développer des extensions futures.
La vraie question maintenant n’est peut-être plus :
« Pourquoi ce tracé ? »
Mais plutôt :
« Comment le Tchad transformera-t-il ce corridor en emplois, en zones industrielles, en logistique et en création de valeur nationale ? »
Parce qu’une infrastructure seule ne développe pas un pays.
C’est ce que le pays construit autour de cette infrastructure qui crée le développement.
Vos avis m’intéressent.