18/02/2024
Publication du groupe privé : J'♥ la Saône et Loire
Le Château de la Verrerie : pourquoi le choix du Creusot « La cristallerie de la Reine Marie-Antoinette »
Sous le règne de Louis XVI, l'aristocratie et la bourgeoisie avaient un penchant très marqué, de l'engouement même, pour les cristaux, lustres, flambeaux, services de tables. etc ... Tous ces objets étaient d'importation anglaise et la fabrication du cristal en France était presque inconnue.
Louis XVI, cherchant à faire produire à l'industrie nationale tous les objets importés, créa une Cristallerie, sous le patronage de la reine Marie-Antoinette. La direction en fut confiée à MM. Lambert et Boyer, d'Autun, et la fabrique installée à Sèvres.
Mais les directeurs s'aperçurent bientôt que, pour rivaliser avec les cristaux anglais, il était nécessaire que la Cristallerie fût placée à proximité d'un centre leur procurant le combustible à un prix plus bas qu'à Paris. Après de sérieuses études faites sur place, ils décidèrent de transférer leur Cristallerie au Creusot.
Et, dès 1785, la construction du nouvel établissement était commencée.
On peut se demander pourquoi fut choisie la houillère de Montcenis plutôt qu'une autre pour l'installation de la Cristallerie de la Reine.
Pour plusieurs raisons. La première, c'est que la mine du Creusot était connue en haut lieu pour avoir du charbon excellent qui alimentait déjà la Fonderie Royale, c'est ensuite, parce qu'il y avait, dans le voisinage immédiat, des carrières de sable convenant parfaitement pour l'emploi envisagé (La rue de la Sablière conduisait à ces carrières situées sur la place de la Molette).
A ces causes, il faut en ajouter une autre : le bon minerai de plomb qu'on trouvait aussi dans les environs, à Saint-Prix-sous-Beuvray, et qui fut utilisé dans la fabrication des cristaux.
Un extrait du « Journal de Paris », du 13 mars 1808, donne d'intéressantes précisions sur les motifs qui amenèrent la création d'une cristallerie au Creusot. C'est une lettre de M. Lambert, un des directeurs :
Sèvres, ce 11 mars 1808.
« En 1782, étant parvenu, après de nombreuses expériences, à découvrir la composition du cristal et les procédés nécessaires pour le manufacturer en grand, je m'associai le sieur Boyer. J'eus ensuite recours aux bontés dont m'honorait le père du dernier duc d'Orléans, protecteur éclairé des établissements utiles, il m'abandonna, dans le Parc de Saint-Cloud, près de Sèvres, une maison et un emplacement sur lequel j'établis la première et la seule manufacture de cristaux qui existât en France et qui se servît de charbon de terre comme combustible.
« Nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que les verriers français que nous voulions employer ne connaissaient point la manière de travailler la matière du flint-glass (Flint-glass : de flint = silex et glass = verre, cristal). Ses propriétés réfringentes sont bien connues et il est utilisé, de ce fait, dans la construction des appareils d'optique et d'astronomie.). Nous nous déterminâmes à tout hasarder pour nous procurer des ouvriers anglais et ce fut avec une peine infinie que nous parvînmes à engager plusieurs ouvriers à passer en France. Notre interprète fut arrêté et n'échappa au supplice qu'en se « coupant le col » dans la prison.
« Le succès de notre établissement attira bientôt l'attention de l'ambassadeur anglais à Paris. Son secrétaire entretenait nos ouvriers dans un état de débauche qui les détournait du travail, et qui dura jusqu'au moment où le gouvernement français d'alors eut la faiblesse de céder aux demandes et aux instances réitérées du gouvernement anglais et fit livrer à son ambassadeur les ouvriers qui nous avaient coûté tant de sacrifices. Il est vrai que nous obtînmes un délai de trois mois; nous employâmes ce délai à former des élèves. Il nous fallut encore faire beaucoup de sacrifices, parce que les Anglais se refusaient absolument à travailler devant les Français.
« Lorsque la Reine acheta Saint-Cloud, mon établissement prit le nom de « Manufacture de Cristaux de la Reine ». Elle le protégea.
« Cependant, l'importance que le gouvernement anglais mit, par son ambassadeur, à troubler notre établissement, fixa l'attention du gouvernement français. Nous fûmes encouragés et, en 1785, le Roi prit un intérêt de 150 000 francs dans notre manufacture et il y eut une association entre nous et les intéressés aux Etablissements des Fonderies de Montcenis (Creusot) et d'Indret, aux fins d'établir une manufacture de cristaux en très grand audit Montcenis. Ensuite de ces arrangements, je fus au Montcenis; j'y établis en grand la manufacture; je la plaçai sur des mines de charbon de terre; je dirigeai et donnai tous les plans des bâtiments que je fis exécuter sur ceux que j'avais vus en Angleterre, ainsi que les creusets recouverts dont je m'étais déjà servi à Saint-Cloud.
« Enfin, les avantages du nouvel établissement sur celui que je quittai près de Paris furent immenses, tant par la différence de cherté du charbon de terre que par l'assiduité des ouvriers au travail et le gouvernement ordonna par l'arrêt du Conseil du Roi du 18 février 1787, que la Manufacture de Cristaux de la Reine, établie à Sèvres, près de Saint-Cloud, serait transférée au Montcenis ... ».
LAMBERT,
Propriétaire de la Manufacture d'émaux à Sèvres